Hassiba Idir,
Coordinatrice
d'AMINATE
À travers mon témoignage, je voudrai partager avec vous une tranche de vie, celle d’une immigrante, et celle de ceux qui comme moi, ont décidé un jour de quitter leur pays et leur famille, pour venir au Canada. Pour nous, francophones, qu’y-a-t-il de mieux que le Québec ?
Prendre la décision de partir n’est jamais facile. Il faut une bonne dose de courage, de témérité et de hargne, pour braver l’inconnu, ayant comme seuls bagages, quelques valises, un peu d’argent ramassé pendant toute une vie, mais surtout notre cartable, où se trouve la chose la plus précieuse à nos yeux, nos DIPLÔMES, et nos années de compétence! Le nôtre, celui de mon mari et moi, était ROUGE. Il était dans notre bagage à main et nous le serrions très fort contre notre poitrine, pour ne pas prendre le risque de le perdre. De l’autre main, nous tenions notre fille de 4 ans, à qui nous racontions le pays de la paix de la liberté, de la neige et de l’été indien, mais surtout, celui ou nous allions faire valoir notre intelligence et notre savoir faire. Pour être sélectionnés, il faut avoir des diplômes supérieurs et un compte bancaire consistant. Ceux qui arrivent ici sont une mine d’or qualifiée, dont les employeurs doivent tirer le meilleur. Ils sont ingénieurs, architectes, avocats, chefs d’entreprises, pilotes, psychologues, infirmiers, médecins, enseignants universitaires, en plus d’être de parfaits francophones !
Nous avions tous, le statut de travailleurs qualifiés sur nos visas ! Et nous en étions fiers ! Chez moi, en Algérie, j’ai commencé par être conseillère en orientation scolaire, puis intervenante sociale dans un centre pour inadaptés mentaux. Trois années plus tard, j’ai été chargée de lancer et mettre en place, une chambre des métiers d’artisanat, dans la ville d’Alger. Ce projet fou consistait à faire adhérer à cette institution plus de 4000 artisans et petites entreprises. Je n’avais aucune expérience dans ce domaine, mais j’avais l’essentiel, mes compétences intellectuelles et psychologiques à savoir : la maturité, la rapidité d’apprentissage, l’écoute, l’efficacité d’exécution et d’analyse. Un an après, tout était structuré, ce qui nous à valu, les félicitations directes et écrites du ministre du Tourisme et de l’Artisanat, en personne !Deux années après, le même ministre m’a proposée de travailler avec son équipe pour représenter l’Algérie à l`Exposition Universelle de Lisbonne, au Portugal. Je n’ai pas hésité à relever un autre et beau défi et non le moindre ! À un moment où l’Algérie avait l’image d’un pays ensanglanté par les actes terroristes, les attentats, un génocide islamiste sans précédent, il fallait être là, relever la tête dignement et continuer à se battre et en tant que femme, la résistance était un défi quotidien !
Plus tard, l’urgence de ce que vivait le pays m’a poussée à continuer mes études en psychologie clinique. Il y avait un besoin critique d’écoute, d’interventions psychologiques, auprès des survivants des massacres pour la plupart, des enfants et des jeunes filles. Il fallait avoir les nerfs et le mental en béton pour tenir. Téméraire comme je suis, je me disais, ni soumission, ni peur, je reste debout, ou je meurs dignement.
J’ai ensuite, démarré ma propre entreprise, un café internet, un autre défi. J’ai géré ma boite et mes employés efficacement et j’ai réussi à en faire le meilleur café internet de la région, toujours en utilisant mes compétences personnelles, celles que j’ai ramenées avec moi dans mon cartable ROUGE !!!
Arrivée ici, comme beaucoup, je ne m’attendais pas à peiner durant 4 années, à tenter de trouver du travail dans ce pays dans lequel, j’ai choisi de vivre avec ma petite famille. Cependant, je me disais, certes, le système et la manière de fonctionner sont différents, mais j’apprendrai facilement.. Je croyais au potentiel énorme et transférable de toutes mes années d’études et de travail. Au fond de moi, je savais que ce potentiel me servirait à intégrer facilement le monde du travail au Québec.
Lorsque j’ai rencontré Monsieur Daniel Gauthier, Directeur général de Action RH Lanaudière, ce dernier m’a posé cette question : « Qu’est ce que vous cherchez exactement ?» Bonne question ! Au début, je savais exactement ce que je voulais faire, mais à force d’envoyer des CV , de chercher partout, on finit par se perdre et se disqualifier soi même. La frustration nous envahit, on cherche n’importe quoi, et on s’éloigne peu à peu de son domaine de compétence. Qu’on le veuille ou non, l’aspect financier nous rattrape. Pour nos besoins quotidiens et ceux de nos enfants, qui ne cessent de réclamer le droit d’avoir des choses comme les amis de l’école, on finit par rentrer dans le cercle de la déprime et de l’isolement, alors que d’où l’on vient, on a survécu au pire. .
Ici, je m’adresse à vous, messieurs les employeurs, et chefs d’entreprises. Soyez curieux envers les immigrants qualifiés, regardez leur CV, cherchez à les rencontrer. Formez-les aux postes pour lesquels ils postulent. Ils donneront alors le meilleur d’eux-mêmes. Vous aurez la chance de tomber sur des perles rares !
Puisque je suis une personne positive, voici comment dans mon cas, s’est produit le miracle. Suite à l’apparition de mon cri du cœur dans l’info lettre d’action RH Lanaudière, Monsieur Barthelemy Lokoka, alors directeur d’AMINATE, m’a proposée de travailler avec eux. comme bénévole. C’était une expertise québécoise qu’il m’offrait, et j’avoue qu’au début je n’y croyais pas trop. Néanmoins, j’ai décidé de relever le défi, après tout, les propositions ne pleuvaient pas ! Si c’était le prix à payer pour rentrer dans le monde du travail au Québec, et bien allons-y. J’ai recommencé à zéro, et en tant qu’immigrante, ça tombait bien; qui pouvait, mieux que moi, comprendre la cause des immigrants et la défendre ? Deux mois après, AMINATE m’ont officiellement offert le poste d’intervenante sociocommunautaire, deux ans plus tard j'ai été nommée Coordinatrice d'AMINATE.
Aujourd’hui, ma valise enfin posée, je mets mon expérience et ma volonté d’aider, au service des nouveaux arrivants. Comme moi, ils doivent tout recommencer, se trouver de nouveaux repères, gérer leurs nombreux deuils et s’intégrer. Pour y arriver, il faudrait sentir que la société d’accueil est prête à nous accueillir et surtout à nous accepter; sinon le processus est biaisé d’avance ! Ma devise est : «Oui à l’intégration intelligente, mais pas à l’assimilation, sinon, nous risquons de nous voir amputés de notre richesse culturelle et humaine, de notre identité personnelle qui fait partie de nos bagages ! »
Voilà, je voulais apporter ce message d’espoir à tout ceux qui arrivent dans ce pays. Je veux leur dire de persévérer, de croire en eux, et de faire valoir leurs compétences. Il faut bouger sans cesse, et ne jamais baisser les bras. C’est en arrosant quotidiennement une graine, qu’elle finit par germer et donner de beaux fruits. C’est la logique même de la nature, rien ne se fait dans l’inertie et l’inaction, et comme m’a dit une amie : « Maintenant que la porte est derrière toi, il te reste à avancer ». Eh bien, moi je compte bien, aller loin ! Je suis immigrante Algérienne, résidente permanente au Québec et bientôt citoyenne Canadienne. J’ai adopté la ville de Terrebonne, pour sa qualité humaine et environnementale, et j’aspire à être un élément actif et participer à l’essor de celle ci. Par-dessous tout, nous tenons mon mari et moi, à élever notre enfant dans le respect des valeurs universelles et humaines de la société québécoise.
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